Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
Numérique, oui… mais

On a longtemps parlé du « passage au numérique ».
L’expression me paraît obsolète pour ce qui concerne la photographie et la vidéo.

Le passage au numérique est largement terminé. Il reste comme dans toute chose, des combats d’arrière-garde, menés par quelques nostalgiques de la pellicule.

Libre à vous de ne pas utiliser votre briquet électronique et d’allumer votre cigarette en frappant deux silex.
Ce n’est qu’une question de choix personnel.

La quasi-totalité des appareils photos est actuellement numérique et il plane sur nos têtes le risque de pénurie de films argentiques. N’ayant plus la faveur du grand public, ces films deviendront forcément plus rares donc plus chers.

Entendons-nous bien !


J’ai été formé à l’école de la photographie argentique et je ne renie nullement mes racines, mais les avantages que présente le numérique de haut de gamme sont innombrables.

Je dis bien «
numérique de haut de gamme », car comme dans toute chose, il faut savoir adapter son matériel à ses besoins. Et nous sommes très loin entre les exigences de photographie familiale et celles des photographes « avertis » qui participent à des expositions ou qui travaillent pour l’édition.
A chacun son matériel. Si tu veux participer au Paris Dakar, il faut choisir autre chose qu’un Solex !

Pour moi, le passage au numérique est donc terminé, mais il convient de rester libre de nos choix.

La querelle sur le nombre de photosites des capteurs va se terminer aussi. Plus il y a de sardines dans une boîte plus elles sont serrées. C’est le simple bon sens qui dicte cette affirmation. Or chaque photosite a ses qualités et ses défauts.
Retenons la seule notion de « bruit » Un capteur bruite en fonction du nombre de photosites (les fameux millions de pixels notés Mpx)
Il est beaucoup plus judicieux de recourir à des photosites plus grands qu’à un nombre plus élevé de photosites.

En ce moment on assiste à une autre « inflation » : celle du nombre d’ISO qui traduit la sensibilité des capteurs.
Les appareils courants, grand public, sont performants jusqu’à 800 ISO. Le CANON D7 propose 12800 ISO.
Et ce n’est pas fini !

Si : cela se terminera, le jour où l’on se rendra compte que l’on a tué la nuit.

On ne répètera jamais assez, que le choix d’un appareil ne se fait pas à la légère, c’est pourquoi je réponds à ceux qui m’interrogent en leur demandant de mettre sur papier leurs besoins, voire leurs rêves. On alignera ensuite la gamme des possibles.

Il suffit de confier un appareil numérique à un photographe « argentique » pour que celui-ci soit complètement époustouflé par les possibilités du numérique. Je ne prendrais qu’un seul exemple, celui da la température de couleur.
Avant le numérique, nous achetions des films pour la lumière du jour et d’autres pour la lumière artificielle. Maintenant il suffit d’un petit réglage. Idem, pour les filtres. Adieu la boîte des filtres (jaune, orange, rouge,bleu, vert)

Mais il est une chose plus importante et plus angoissante à la fois.

Un film comportait au mieux 36 images. ( certains professionnels utilisaient néanmoins des dos magasin avec 250 vues) .
La démocratisation du numérique a eu pour conséquence une baisse des prix spectaculaire des cartes mémoire.
Je me souviens qu’il y a encore 3 ans une carte mémoire compact de 2 Go revenait à plus de 150 euros. Actuellement la carte de 8 Giga est vendue à 19 euros.
Pourquoi se priverait-on de mitrailler. Vive les moteurs qui ont enfin un sens.

Adieu aussi l’obligation de compresser en JPEG, maintenant c’est le Raw qui retient la faveur des photographes. Ne pas travailler en Raw c’ est perdre 80 % des informations à la prise de vue.

Mais si pléthore de photos il y a, cela pose un problème de stockage ainsi qu’un problème de puissance de calcul des ordinateurs.


Petite parenthèse ;

Les premiers hommes qui ont marché sur la lune utilisaient un ordinateur de 512 Ko, pas même le « poids » de photo de piètre qualité en JPEG. Maintenant, il est courant de manipuler des fichiers des 20 Mo et notre ami DXO les fait grossir à presque 80 Mo.
N’oubliez pas de donner des vitamines à votre ordinateur. Un très gros disque dur aussi. Mon premier Mac stockait 120 Mo. Le nouveau stocke 8 To et risque bientôt de saturer.

D’ailleurs le stockage des données est le gros point faible du numérique.
Je fais référence à tous ceux qui ayant oublié de faire des sauvegardes de leurs données, ce sont retrouvés nus comme un ver à la suite d’une panne informatique. Ils n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer.

Faire de sauvegardes est le B A ba du numérique. Mais cela est plus difficile qu’il n’y paraît.
Les DVD ont une espérance de vie de 5 ans
Les disques durs externes sont à la merci d’un problème électronique ou d’incendie

Il n’y a donc actuellement que très peu de moyen d’assurer une mémoire à la société de demain.
Je ne doute pas que tôt ou tard, il existera des sites permettant le stockage des vos données hors domicile et que ces sites, à l’instar de ce qui se passe dans les assurances qui se réassurent, feront des sauvegarde sur d’autres sites etc……

Le tout sera payant : chose tout à fait normale.


L’éternel problème

Ce qui est rare est cher. A l’époque argentique, une belle photo « valait son pesant d’or »

- d’une part parce qu’elle était l’œuvre d’un homme qui possédait les connaissances techniques
- D’autre part parce qu’elle était l’œuvre d’un homme qui possédait une vision personnelle et originale de la réalité

Maintenant, la technique photographique devient de plus en plus tributaire des automatismes de plus en plus performants. Il faut vraiment faire preuve de bonne volonté pour rater une photo.
De plus, le photographe ( enfin du moins certains) maîtrise de mieux en mieux tout le processus qui conduit à la photographie terminée. Nul doute qu’il ne suffit plus d’avoir une vision originale mais qu’il faut également maîtriser les logiciels de traitements de la photographie numérique qui sont souvent apparentés à de « véritables usines à gaz ».
Je suis tombé dans Photoshop début des années 80 et je n’aurais pas la prétention d’affirmer que je n’ai plus rien à apprendre. Loin de ça, car plus on apprend, plus on se rend compte de ce qu’il faut encore apprendre.

On se retrouve donc rapidement devant un stock important de photographies qui exige

- une gestion de l’ensemble de ses archives ( savoir retrouver rapidement)
- une valorisation des photographies

Car, si l’on parle, c’est pour être écouté, si l’on photographie, c’est pour que vos photographies puissent être regardées et la notion de partage est donc le principal problème qu’il faut résoudre.

Le partage de vos œuvres photographiques :

- tirages des photos dans le but de créer des albums
- tirages de photos pour la réalisation de livres
- tirages des photos destinées à des expositions
- présentation des photos par projection
- présentation des photos par mise en ligne sur des forums
- utilisation des photos comme matériaux permettant la création d’audio-visuels


Autre conséquence et non des moindres

Comme nous venons de le voir, la photographie numérique permet la multiplication à l’envi des prises de vue Ceci nous conduit immanquablement vers l’obligation de choisir pour ne retenir que les meilleures photographies.
Choisir est une chose anodine mais seulement en apparence car je rencontre régulièrement des photographes incapables de faire le tri de leurs photographies. Bien sûr, on n’hésite pas à éliminer les prises de vues ratées, mais le choix devient plus difficile quand il s’agit de trier les photographies réussies. Sur les forums et dans mes cours, je constate régulièrement que les photographes sont souvent incapables de faire un choix et qu’ils font appel, pour contourner la difficulté, à l’avis des tierces personnes.
Le photographe est lié à son œuvre par certain nombre de liens invisibles car une œuvre quelle qu’elle soit reste un acte profondément humain. Il faut donc essayer de faire abstraction de tous les phénomènes qui confèrent l’œuvre son caractère subjectif.
Indispensable besoin du regard de l’Autre pour affiner notre regard sur nous-même et sur nos réalisations.

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