Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
Fortuné Manhaeve n’est plus……

J’ai fait sa connaissance en 1983/84 dans ce que nous appellerons une salle d’attente. Nous étions à trois, convoqués pour passer une audition, pour faire le point de nos connaissances et décider si on allait nous permettre de poursuivre le chemin engagé.

Le premier venait de Nice. Il était pressé et son audition terminée, il se dépêcha de rejoindre l’aérodrome.
Puis ce fut mon tour, après quoi on appella Fortuné.
Quand il redescendit une demi-heure plus tard, il s’étonna de ma présence :
« Qu’est ce que tu fais là ?
- Je t’ai attendu »

Ce geste instinctif, naturel, normal, lui alla droit au cœur comme il me l’avoua plus tard. Ce geste si simple scella une amitié de 25 ans.

Fortuné avait l’âge d’être mon père. Il devint le témoin, le complice, l’ami, celui que l’on appelle au secours mais également celui qui pouvait compter sur moi.


Fortuné était un homme de DEVOIR.

Servir : voilà le leitmotiv de toute sa vie.
Fortuné était un érudit, celui qui a conscience que la Vie exige une remise en question quotidienne.

Première alerte en 1993, puis avec l’âge, les ennuis de santé qui s’accumulent.

Et puis un jour, une phrase incompréhensible.
« tu vois, Jean-Paul, je ne voudrais plus redevenir jeune. »
A l’époque, je n’ai pas compris mais ces paroles restèrent gravées dans ma mémoire.

L’autre jour en rentrant des courses, mon répondeur clignotait et j’entendis une voix qui m’annonçait le décès de mon ami.

J’ai décroché le téléphone pour appeler mon informateur. Nous avons longuement discuté. Nous avons évoqué la mémoire du disparu, puis, comme la mort d’un ami nous ramène toujours à notre propre finitude, nous avons parlé de nous, de nos bobos, des années qui passent, des illusions que nous perdons les unes après les autres et j’eus la surprise d’entendre mon ami Jacky prononcer à peu de choses près les mêmes mots que Fortuné

« tu vois, je suis heureux d’avoir mon âge, et si on me proposait de rajeunir, je refuserais »


Ainsi va la vie qui nous conduit du berceau à la tombe.
Fortuné a demandé de partir sur la pointe des pieds, sans la moindre cérémonie
Alors permettez-moi de lui rendre un dernier hommage par ce texte que je dédie à celui qui a été durant toute sa vie digne d’être appelé un
Homme.

(cliquez sur le lien) Pour le meilleur et pour le pire.

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