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S Germaine.
« SGermaine ( prononcez bien Chermaine ) esch à flott Wiwàlà.
- Germaine est une bonne petite femme.
- Klei , awer schaffrig.
- Petite, mais travailleuse.
- Dr Robbi hatt chance dass ers ghihrotà hatt.
- Le Robert a de la chance de lavoir épousée. »
Faut vous dire que Germaine na pas trop le choix. Dr Robbi nest quun petit paysan. Dans ce cas-là, la femme doit retrousser ses manches. Et cest ce que fait la Germaine.
Elle a de quoi soccuper. Croyez-moi ! Un mari, trois garçons, cela fait déjà pas mal de travail. Mais faire le ménage ne rapporte rien. Alors, Germaine loue ses services à loccasion des mariages, des communions. Cest une excellente cuisinière, très appréciée dans tout le village.
Germaine fait également ses fromages et cultive son potager, comme pas de mal dautres femmes. Le potager de Germaine est bien grand, tellement grand dailleurs, que les récoltes suffisent amplement et quil reste toujours quelques fruits et légumes que Germaine va vendre au marché de la ville, chaque samedi.
Elle nest dailleurs pas la seule femme à se rendre au marché. Faudrait que vous vous leviez un samedi, vers cinq heures, pour assister à lexpédition. Car il sagit dune véritable expédition.
Cela commence dès le vendredi.
Selon la saison, on cueille les haricots, on récolte les tomates, on ramasse les noix. Parfois, on tue une poule ou un lapin. En automne, on prépare un seau de choucroute. On sort quelques saucisses du garde manger grillagé.
Le samedi vers cinq heures et demie, les femmes se retrouvent devant léglise. On attend lautobus, un vieux car Citroën. Et quand il arrive, on entasse les paniers, les sacs et les seaux, là où il y a encore de la place, dans le coffre ou carrément sur la galerie.
Le chauffeur est un brave homme. Il grimpe sur léchelle et fait la navette
« Wenn mr dr Maurice net hättà!
- Ah ! si nous navions pas le Maurice. »
Et Maurice est content, fier de son importance. Seul homme entouré dune véritable cour.
« Meinsch à Gügel em Hienerstall
- On dirait un coq dans le poulailler. »
Quand lhorloge de léglise sonne six heures, lautobus démarre emportant sa cargaison, et au-dessus du caquet des femmes, sélèvent lodeur puissante du lard fumé et celle un peu plus acide de la choucroute
Mais notre autobus emporte sans le savoir de nombreuses « Perrette » qui rêvent tout simplement de rapporter un salaire honnête pour toutes leurs peines.
Il faut à peine trois quart dheure pour arriver en ville. Alors, lautobus se gare et lon décharge.
On va sinstaller aux emplacements réservés.
Mais il faut que je vous présente le marché. Alors suivez-moi ! Nous allons faire un petit tour.
Voici tout dabord la grande halle. On y trouve les bouchers, les tripiers, les marchands de bombons et de biscuits. Au bout là-bas, près de la grande porte, il y a un poissonnier. Vous navez quà suivre lodeur. Vous verrez quelques tonneaux avec des harengs et, suspendues à des crochets, quelques morues salées.
Juste à côté du poissonnier, vous pouvez acheter des poules vivantes ou des poussins. Ils sont là, dans leur cage, petites boules de duvet. Ils sagitent et piaillent.
Dans lallée centrale de la halle, il y a les crémiers. Les mottes de beurre se dressent comme des montagnes. Les oeufs sempilent par plateaux et la crème attend bien sagement dans des grands brocs.
Si vous avez un petit creux, arrêtez-vous devant létal du boulanger - pâtissier. Achetez un petit pain, mais si je peux vous donner un conseil, prenez plutôt la brioche en forme de banane. Cest bon. Vous pouvez me faire confiance. Ma mère men achetait une chaque samedi.
Mais quittons la halle. Vous avez vu, la place est divisée en trois parties : à gauche vous avez les grossistes, des montagnes de fruits et de légumes, des cageots entiers de tomates bien mûres.
Un grossiste, un vrai, ça crie. Faut attirer le client. Alors, on donne de la voix. Cest à celui qui crie plus fort que son voisin. Vous entendez le tintamarre !
Dailleurs un conseil : nachetez rien. Il ne faut jamais se précipiter pour faire ses achats.
Ma mère ma appris la combine. Faut dabord faire un tour sans acheter, rien que pour voir les prix. Combien de fois ai-je succombé à la tentation ou au baratin des vendeurs. Jai acheté et, quelques dizaines de mètres plus loin, je trouvais le même article, aussi beau mais moins cher. Jai souvent regretté. On ne maura plus.
Laissons les grossistes. Lallée centrale est occupée par les commerçants professionnels. « dMarkts Litt » - littéralement : les gens du marché. Ceux-là possèdent des stands en bois, quelques planches posées sur des tréteaux. Pour se protéger contre la pluie ou le soleil, ils ont tendu des toiles formant comme de petits toits. Les jours de grand vent, ils sont obligés de mettre des ficelles pour que la toile ne senvole pas.
Attention aux jours de pluie ! Les bâches se creusent. Elles font réservoirs, et quand vous vous n y attendez pas, cest la douche. Enfin, je vous aurai prévenu.
Continuons notre visite. Là-bas, à droite, sous les grands marronniers, nous retrouvons nos paysannes. Elles ont posé leurs paniers à même le sol. On se débrouille comme on peut. On se prête la balance. Une véritable pièce de musée : une balance à fléau, avec dun côté les poids et de lautre comme une grosse casserole en fer blanc. La balance nest pas très précise. Quà cela ne tienne, on rajoute toujours une petite poignée, pour faire bonne mesure.
« Güet gwogà »
- Bien pesé.
On vous file un petit supplément pour vous faire plaisir et pour que vous reveniez, samedi prochain.
On vous fidélise en quelque sorte. Dailleurs on ne va pas au marché pour faire simplement ses courses. On y va pour retrouver des amis. Car, à la longue, on finit par se connaître. On prend des nouvelles de la famille.
« Wie gehts em Grosvater ?
- Comment va le grand père ?
- Was machà dKender ?
- Que deviennent les enfants ? »
Cest ça, le marché. Des fruits, des légumes bien colorés, bien frais, des salades presque encore vivantes, le tout dans un brouhaha indescriptible mais bon enfant. Une ambiance que lon se plaît à retrouver à la fin de chaque semaine.
Vous pouvez faire vos achats le mardi. Mais moi, je vous le déconseille. On essaie de vous refiler les invendus du samedi.
Vous pouvez aussi revenir le jeudi
« Am Dunschdig eschs genschdig. »
- Le jeudi, les prix sont intéressants.
Mais cest le samedi qui attire la foule. Le samedi, les gens ne travaillent pas. Alors ils vont au marché. Pour acheter bien sûr, mais aussi par plaisir. Je nen doute pas.
Dailleurs nos paysannes le savent bien. Cest le samedi quon fait les meilleures affaires. Alors, elles ne viennent que le samedi. Il faut laisser le temps pour que les légumes poussent.
Quand elles ont tout vendu, elles vont faire un petit tour sur lautre place
« Ufm Zigusmàrkt » - le marché aux tissus.
On y trouve de tout. Des tissus, des coupons à prix intéressant, des sabots et des pantoufles. Il y a aussi le vendeur de casquettes et celui qui propose les bleus de travail. Si vous en avez besoin, vous trouverez aussi des arrosoirs en tôle galvanisée « sSchpretzkannàblàch » et même de la vaisselle.
Enfin, un super marché avant l heure.
Vers seize heures, le marché sagite une dernière fois. Cest lheure de la ménagère économe. Celle qui sait attendre que les prix baissent. On na pas le choix. Il faut vendre à tout prix. Alors, on divise les prix par deux. Presque pour rien.
« Sunscht blibs dr am Hals »
- littéralement - cela te reste au coup - enfin disons que tu restes avec ta marchandise sur les bras. Ou alors tu vas être obligé de jeter. Non, on ne jette pas. On se condamne plutôt à manger la même chose toute la semaine. Cest le sort de bien de commerçants.
Et puis, lautobus revient. On recharge. On discute. On commente. On est heureux ou jaloux. Mais on ne le montre pas. Par pudeur. Pour ne pas faire de peine. On nest pas méchant. Un jour de chance, un autre sans. Cest la vie.
Nempêche que lautre jour, sGermaine avait bien du mal à cacher ses larmes.
« Was esch los ?
- Quy a t il ? lui demande sUschenie - la Eugénie.
- Schtell dr à mol vor, so à Màdàmàlà üs dr Stadt esch net zfredà gseh.
- Image toi, une petite madame de la ville nétait pas contente.
- Si hatt gsaït dass mini Hiànlà net güet sen.
- Elle a prétendu que mes poules nétaient pas bonnes.
- Wie so ?
- Comment ça ?
- Sie haet gsaït das dKàmlà net schehn rot sen.
- Elle a dit que les crêtes de mes poules nétaient pas assez rouges.
- So à Unverschàmdheit !
- Quelle insolence !
- Weisch Was. Mr schtrichà Kàmlà rot ah ver dr nàchschtà Samschtig.
- Tu sais quoi ? On va peindre les crêtes en rouge pour samedi prochain. »
Je ne sais pas si SGermaine a réellement osé peindre les crêtes de ses poules. Cela aurait été une bonne farce. Les citadins nont quà soccuper de ce qui les regarde. Nempêche que je ne voudrais pas être obligé de vous payer un coup chaque fois que lon trempe les haricots pour les gorger deau, quon arrose en douce les radis pour quils aient fière allure, ni que lon glisse en cachette une pomme disons pas trop fraîche dans votre panier.
Mais les citadins nont quà faire attention.
Il y a toujours eu des gens plus ou moins honnêtes.
Mais, les fermières de mon village, je men porte garant.
Vous direz certainement que je suis chauvin.
à suivre
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